Le brasier des jours
Miroir, mon beau miroir
Je suis enfant et je regarde mon reflet dans la glace Comme c'est étrange, d'être en vie, face à cette face Je scrute mon visa pour traverser les âges Mon visage Je le pare d'attitudes Sous une joie feinte pointe l'inquiétude
Je suis adolescent et mes désirs de conquête sont naissants Pour autant je laisse les concours de quéquettes aux cassos en les cassant J'ai le verbe agressif et les muscles du sport Oui, cacher son mal-être tu sais, que c'est tellement d'efforts
Je suis jeune adulte et puis militant Trouver ma voie ben j'ai pas trop pris le temps Ma mère me dit : c'est super tu passes à la radio Je réponds ouais ouais blasé mais ça forge mon ego Mon reflet traverse le miroir, m'interpelle : Je t'ai entendu sur les ondes tu disais que ce job t'aimais ça Alors pourquoi dans l'ombre gobes-tu des temestas ?
J'ai 37 ans, mes chances intactes mais le regard triste L'enfance c'est loin je crois que j'ai perdu la piste Cette porte vers mon double conduit jusqu'aux enfers Un ange me rattrape me dit “reste”, tu vas devenir père
J'ai 43 ans et je ne me vois plus que dans la glace La glace au chocolat qui coule sur son menton Le miroir ne sert plus qu'à lui brosser les dents J'ai même plus le temps de faire des rimes... Je me consacre J'ai des cernes, des bourrelets, je veux plus voir le massacre De l'autre côté les cheveux tombent je ne veux pas y penser Prochaine étape sûrement des artères à ponter
Alors je répète ma prière chaque soir Miroir mon beau miroir Ta vitre me laisse de glace Je n'ai plus de place Pour tes réflexions rapaces Pour tes reflets acérés Serein je suis serein Tu peux te taire, garder toutes mes tares, tous mes travers Contente-toi de me rappeler chaque jour Que tout brûle, dans le brasier des jours