Stratus
J’errais dans ma ville prise dans de beaux draps Truffe froide de la brume qui renifle mon cou mes mains ma peau Je filais sur mon vélo comme le stylo sur la page blanche Hasardant quelques sinuosités
J’opposais ma lenteur aux moteurs à hydrocarbures Qui brûlent le sol sous nos pieds Leur bruit recouvrait le bruissement des feuillages verts Des feuillages rouges, des feuillages bleus De tous les feuillages
Je passai sur un pont et vis en contrebas les Frondaisons mais ne les entendis pas Vu d’en haut les arbres ont l’air entre eux, pas concernés
Un fleuve passait par là, lui aussi Affairé serein, lui aussi Je ne l’entendis pas, lui non plus
J’avançais sismographe de l’instant Mes roues grattaient le bitume comme la plume Le papier
J’atteignis plus loin la rive de l’Arve Lave verte de limon limant la ville L’eau tintait sur les cailloux comme des pépites Un flot crépitant sur des roches erratiques
La nuit je rêve de rivières qui m’emportent Je suis pris par un courant qu’il serait vain de vaincre Je me réveille en nage, pas pressé d’atteindre L’océan